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  • Les créatures du Lagon Noir

Les éditions Terre de Brume

Dernière mise à jour : 19 sept. 2020

Lagon Noir fait une large place aux éditions bretonnes spécialisées dans les littératures de l'imaginaire et qui œuvrent depuis 1989. Nous proposons plus de cent titres de ce passionnant catalogue, dont le chef-d’œuvre d'Arthur Machen, Le Grand Dieu Pan, paru en 1894 - soit deux ans avant L'Île du docteur Moreau.

Suite à une intervention au cerveau, le cobaye Mary est amené à voir par-delà le voile recouvrant le monde réel. L'opération semble réussir, mais l'épouvante éprouvée face au spectacle plonge la jeune femme dans la folie. Après ce préambule choc, diverses bribes de récit reconstituent le parcours meurtrier d'une certaine Hélène Vaughan – qui emprunte plusieurs patronymes et identités – à travers la campagne galloise, l'Italie, l'Argentine et, surtout, Londres. À chaque fois, les victimes semblent avoir succombé à un excès d'indéfinissable terreur ou elles ressemblent à des âmes perdues qui ont vu l'enfer. Et ceux qui s'intéressent à cette affaire ressentent sur les lieux des drames ou à la lecture des pièces à conviction un sombre vertige, comme s'ils se penchaient au-dessus d'un abîme. Femme-araignée, « belle et répulsive », Hélène libère les pulsions sexuelles les plus inavouables – son nom se prononce presque comme Faun, la divinité romaine associée à Pan. Représentants d'une société victorienne dévorée par la curiosité morbide, plusieurs hommes (un chasseur de mystères, un fin connaisseur de la vie londonienne ténébreuse, le détenteur d'un manuscrit intitulé Mémoires pour prouver l'existence du diable) gravitent autour de cette présence absence qu'ils redoutent et idolâtrent. Texte-puzzle, le roman est une mosaïque de documents (rapports oraux, journaux intimes, articles de presse, notes, lettres, carnets et dessins) qui déroute et aimante le lecteur. Machen manie à merveille l'art de dire sans dire, de faire voir sans montrer. Face aux récits qui ne cessent de se dérober ou de se suspendre, l'imagination doit combler les blancs et le silence invoqué au nom de la décence. La lecture y gagne en intensité. À nous de poursuivre non sans un plaisir coupable les scénarios censurés, conscients comme Villiers ayant l'image de ces suites de boîtes chinoises qu'on ouvre les unes après les autres, que le plus étrange est toujours à découvrir et le pervers pas le moins désiré.


Guy


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